Deux coups de coeur en cette fin de janvier que j'avais envie de partager.

Deux romans vraiment plaisant à lire, magnifiquement écrits que je conseille vivement.

La part des anges, de Laurent BENEGUI (Ed. Julliard)

 

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4ème de couverture : À la mort de Muriel, sa mère, Maxime se rend au Pays basque pour les funérailles. Il assiste à la crémation en état de choc et, quand on lui donne les cendres, ne sait pas quoi en faire. Il dépose donc l’urne dans le panier à commissions de sa mère pour emmener celle-ci une dernière fois faire ses courses au marché. Une initiative en forme d’hommage épicurien qui devient embarrassante lorsque, entre les étals de fruits et de poissons, apparaît Maylis, la jolie infirmière qui s’est occupée de Muriel jusqu’à son dernier souffle… Comment lui avouer que celle-ci est au fond du cabas ?

Extrait 1 :

- Avez-vous apporté un CD, Monsieur ?
Maxime reste un instant sans réagir, puis il comprit en interceptant le regard du type, en direction d'une enceinte montée sur trépied.
- Ah non, je ne savais, je n'y ai pas pensé...
- Dans ce cas, nous avons sélectionné un choix, ce sont les morceaux les plus fréquemment demandés par les familles.
Maxime hocha la tête et se saisit de la brochure, découvrant avec étonnement le hit-parade de la mort, en tête duquel trônaient Hallelujah dans la version de Jeff Buckley, What a Wonderful World, de Louis Armstrong, Puisque tu pars, de Jean-Jacques Goldman, et The End, des Doors.
- Nous avons également de la musique classique.
- Je préférerais qu’on ne mette rien, tenta Maxime.
- Oh si, c’est mieux, monsieur, insista l’homme en noir, en décrivant du regard l’alignement des blancs déserts.

Extrait 2 :

- Et la crémation, ce n'était pas trop difficile ? Il y avait du monde ?
- Non, personne, j'étais seul. Je n'ai pas voulu sacrifier au rite de l'annonce dans le journal. Ses vraies amies sont à des milliers de kilomètres. J'ai laissé des messages hier...
- Et on t'a remis les centres ?
- Je les ai avec moi.
- Qu'est-ce que tu vas faire, alors ?
- je vais l'emmener au marché.
- Quoi ?
- On est vendredi, je vais emmener ma mère au marché.

 

Le roman est savoureux, emprunt d'une touche d'humour malgré le tragique du décès. Une histoire d'amour où la mère de Maxime nous parle d'outre-tombe, tel un esprit qui n'a pas tout accompli de son viviant et reste spectateur des faits et geste de son fils en les commentant telle une voix off.

 

La vengeance du pardon d'Eric-Emmanuel SCHMITT, Edition Albin Michel 2017

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4ème de couverture : Recueil de quatre nouvelles : deux soeurs jumelles que tout oppose moralement s'aiment et se haïssent tout au long de leur vie, un homme jouisseur abuse d'une fille candide et lui arrache son enfant, un père dur et fermé s'humanise au contact de sa petite fille avec qui il se plonge dans le lecture du «Petit Prince» et une femme rend régulièrement visite à l’assassin de sa fille en prison.

 

Extraits :

1ère nouvelle : Les soeurs Barbarin

"Les soeurs Barbarin virent la lumière le même jour. Si la première provoqua l'admiration, la seconde suscita l'ahurissement en surgissant entre les cuisses épuisées de sa mère une demi-heure plus tard. Personne ne l'avait prévue."

"Lily et Moïsette... Ceux qui s'étonnère de la disparité des vocables, le premier sonnant délicieusement , le second étrangement, n'avaient pas tort de s'inquiéter. Un prénom par défaut, voilà qui augurait mal d'un destin..."

 

2ème nouvelle : Mademoiselle Butterfly :

"De son gilet, il sortit une montre à gousset, en ouvrit le fond et contempla la photographie qui garnissait l'intérieur. Il soupira en consultant le visage.
- Que ferais-tu , toi ?
Le portrait souriait."

"Vous, les Parisiens, vous nous méprisez parce que nous vivons avec nos bêtes. Pourtant, vous devriez les observer, les bêtes, vous en tireriez des leçons. Chez les bêtes, jamais un mâle n'a oublié de nourir ni d'élever ses petits."

 

3ème nouvelle : La vengeance du pardon :

"- Que fais-tu en prison ?
- Je tue le temps. A défaut d'autre chose.
Satisfait de sa réplique, il s'apprêtait à rire de sa rudesse ; il s'en empêcha en voyant le visage austère d'Elise. Changeant de ton, il l'informa sèchement :
- J'ai piqué le business d'un Polonais.
- Pardons ?
- Trafic de cannabis.
- Tu plaisantes ?
- Officiellement, je monte des prises électriques multiples en plastique à l'atelier. Faut bien une couverture.
- Tu n'as jamais eu l'intention de pratiquer l'honnêteté ?
- Pourquoi ? Tu crains que, si je me comporte mal ici, on me mette en prison ?"

 

4ème nouvelle : Dessine-moi un avion

"-Comment as-tu pénétré dans mon jardin ?
Elle releva la tête vers lui, étonnée de devoir énoncer une telle évidence :
- J'ai escaladé le mur.
- C'est périlleux.
- Le chat le fait tous les jours.
- C'est interdit.
- Le chat le sait ?"

"Il caressa la joue de l'enfant, plus veloutée qu'une pêche.
- J'ai quatre-vingt-treize ans, Daphné : je ne serai pas "toujours là".
- Ah bon ?
- Certain ! Tu n'aurais pas dû m'apprivoiser...
Daphné devint sérieuse et fixa le sol.
- Quand tu seras parti, je regarderai le jardin et je penserai à toi ; je regarderai le ciel et je penserai à toi. Tu ne seras plus là, visible, mais tu seras partout, invisible."

 

Le dernier livre d'Eric-Emmanuel SCHMITT également succulent. Un vrai régal ! Les dénouements sont inattendus et nous amènent à réfléchir sur le pardon.

Franchement, j'ai cru lire du Amélie NOTHOMB dès les premières pages bien que le style soit différent.

 

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Bonne journée !